S’Engager Envers son Art
“J’en ai assez, je voudrais que ça aille plus vite, que ma carrière décolle, j’en ai marre d’en être toujours au même point. C’est fini: si ça n’a pas décollé dans un an je laisse tout tomber.”
Cette phrase, vous la reconnaissez sans doute… Beaucoup d’artistes se la répètent plus ou moins régulièrement.
Moi elle me fait penser à une phrase prononcée par une copine un jour alors qu’elle me racontait sa relation avec son partenaire de l’époque: “J’en ai assez, je voudrais que ça aille plus vite, qu’on vive ensemble, j’en ai marre qu’on en soit toujours au même point. C’est fini: si notre relation n’a pas décollé dans un an, je laisse tout tomber!”
En tant qu’artiste, vous vivez une histoire d’amour avec votre art, quel qu’il soit.
C’est intense, c’est fusionnel, ça vous met des papillons dans le ventre et des paillettes dans les yeux. Ça vous remue, ça vous chamboule, ça vous met sans dessus dessous.
C’est les montagnes russes émotionnelles: le coeur qui s’emballe à chaque audition, à chaque représentation, à chaque envoi de manuscrit… Et l’envie de tout laisser tomber si vos attentes ne sont pas satisfaites, que les résultats ne sont pas ceux que vous espériez.
Pour ma part, j’ai souvent fait cette analogie de mon art avec le “bad boy”, celui qui vous fait tourner la tête et le coeur à vous en rendre malade…
Mon art, c’était ça pour moi, avant: une sorte de passion non-mutuelle, dans laquelle j’avais l’impression de tout donner sans jamais rien recevoir.
Quand, en réalité, tout ce que je faisais, c’était réclamer:
“Bon, j’ai investi tant d’argent, de temps et d’énergie pour me former, alors maintenant c’est à ton tour de passer à la caisse! À quand les contrats juteux? À quand le rôle du siècle? À quand le premier prix à un prestigieux concours?”
J’imagine que si j’avais dit à mon époux: “Bon, maintenant c’est à ton tour de passer à la caisse!” nous n’en serions peut-être pas à notre seizième année de relation amoureuse harmonieuse aujourd’hui…
Vous et votre art, c’est du sérieux.
Vous voulez que ça dure toute votre vie, et vous voulez que ce soit harmonieux. Parce que les montagnes russes émotionnelles, ça va bien cinq minutes, mais vous comprenez bien que ce n’est pas fait pour durer.
Si vous vous reconnaissez dans le comportement que je décris plus haut, il est donc temps de passer à une nouvelle étape dans votre relation avec votre art. L’étape de la maturité: celle où l’on s’assagit, où l’on se pose, s’installe…
Cette nouvelle étape, c’est celle de l’engagement. Vous vous engagez envers votre art dans une relation à long terme.
C’est la différence entre la magie des premiers instants dans un couple tout neuf, où l’excitation et la passion vous font vivre les montagnes russes émotionnelles, et la beauté d’un amour serein, heureux et durable.
Ce que cet engagement envers votre art implique, c’est la volonté d’accepter beaucoup de frustrations, d’échecs, de moments difficiles, et de choisir de rester malgré tout: “Pour le meilleur et pour le pire.”
Friends - Monica & Chandler - “Welcome to an adult relationship!”
C’est choisir de s’engager encore et encore, jour après jour, année après année, même si la magie et l’excitation des “commencements aux charmes inexprimables” (pour citer Molière) ne sont plus là.
Et surtout, de savoir passer d’un état d’esprit où l’on demande à l’autre: “Rends-moi heureux.se! Offre-moi des fleurs (ou un contrat juteux)! Surprends-moi avec un week-end à Venise (ou un joli premier prix au concours Reine Elisabeth)!” à une maturité émotionnelle qui nous permet de nous demander à nous-même : “Comment puis-je me montrer sous mon meilleur jour et que puis-je faire pour que notre union soit la plus épanouissante possible pour nous deux sur le long terme?” “Comment puis-je prendre soin de nous?”
Votre art n’a pas à vous rendre heureux.se: ça, c’est votre travail. Croyez-moi: faire dépendre son bonheur de quelqu’un ou de quelque chose d’extérieur à soi, c’est s’exposer à de grandes déceptions.
C'est quoi alors s’engager envers son art?
Pour aller à l’essentiel, s’engager envers votre art pour construire une relation saine, sereine et pérenne, ça ressemble à ça:
Ralentir si besoin, même si notre ego voudrait plus, voire tout, tout de suite, maintenant, et savourer le moment présent.
Mettre souvent les besoins fondamentaux de notre art avant nos envies du moment: “Oui j’aurais bien dormi une heure de plus, mais je veux terminer ce chapitre et j’avais dit que je commençais à écrire à partir de 8h30, alors je m’y tiens.”
Voir loin: planifier pour l’avenir, rêver pour deux, faire des projets et s’organiser pour les réaliser. S’imaginer vieillir avec son art, devenir comme deux petits vieux fripés et vermoulus qui se promènent main dans la main sous les chênes centenaires. C’est beau, non?
Persister même si on ne voit pas les fruits de son travail pendant de longues, trèèès longues périodes…
Croire que ça va finir par arriver, faire confiance, même quand on n’en voit pas les signes, même quand tout nous pousse à croire le contraire, même quand on a l’impression de régresser.
Savoir prendre soin de soi, se retrouver soi hors de son art, pour se nourrir d’autre chose et revenir plus plein.e d’expériences nouvelles et plus riche d’amour et d’énergie
Savoir se pardonner à soi-même ses propres erreurs pour avancer et avoir pour seule exigence envers soi-même de se soutenir quoi qu’il arrive. (Non ce n’est pas grave de n’avoir pas suivi le programme que l’on s’était fixé. Et non, ça ne signifie pas qu’on doit tout recommencer à zéro.)
Se demander “comment puis-je me montrer sous mon meilleur jour pour faire ce travail?” et faire le travail mental et émotionnel requis pour se montrer sous ce jour, même quand on n’en a pas envie.
Accepter de sortir de notre confort, de notre routine artistique, pour tenter de nouvelles choses, oser et ranimer la flamme: l’enthousiasme qu’on a pour notre art.
Arrêter de se mettre la pression pour pouvoir tenir sur le long terme. Et arrêter de reporter cette pression sur son art. Laisser tomber nos manuels: nos “je devrais…”, nos “Avec tout ce que j’ai donné, ça aurait déjà dû…”
Trouver le moyen de se remotiver et d’y croire encore même quand vous avez l’impression que votre dernier espoir s’est éteint depuis longtemps.
Accepter la part de “shit sandwich” décrite magistralement par Elizabeth Gilbert dans son livre “Comme par magie” (dont je vous recommande fortement la lecture!)
The Sound of Music - Julie Andrews (La partie “fun” de l’histoire c’était avant…)
Je sais, c’est loin de la version fantasmée de l’artiste prodigieux.se qui s’éclate dans son art en récupérant naturellement trophées, articles de presse dithyrambiques, bouquets de fleurs et cachets mirobolants au passage.
Mais mon but en écrivant cet article, c’est que vous vous engagiez et vous ré-engagiez encore et encore envers votre art, en étant pleinement conscient.e de ce que s’engager implique, pour que vous viviez ensemble la plus belle et longue histoire d’amour possible.
Bien évidemment vous pourriez aussi choisir de vous satisfaire de l’art des autres. Mais si vous êtes en train de lire cet article, c’est probablement parce que vous voulez vivre pleinement cette relation avec votre art…
Alors, si vous savez que votre art et vous c’est pour la vie, et que vous ressentez que vous auriez bien besoin d’une coach spécialiste de la question pour vous soutenir dans cet engagement à long terme, faites-moi signe!
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