Artiste Multi-Passionné.e, et Alors?
Il y a quelques semaines, je recevais le mail d’une artiste, dont voici un extrait:
“Au-delà d'un manque de confiance en moi en tant qu'artiste, j'ai de plus en plus de mal à trouver ma place d'"hybride". J'ai mon métier à plein temps que j'aime beaucoup, mais le chant a toujours eu une part très importante dans ma vie. Je n'assume probablement pas d'être une "vraie" artiste lyrique, pour autant l'étiquette de "bon amateur" ou "semi-professionnel" me pèse de plus en plus et me renvoie parfois une image d'échec. (...) Je veux aller de l'avant dans mes projets artistiques. Souvent j'ai assez d'enthousiasme pour les mettre en place, mais ensuite je ne me sens pas assez légitime pour les proposer...”
La posture dans laquelle se trouve cette artiste est très fréquente. Beaucoup d’artistes ont de multiples talents qu’elles veulent, à raison, développer et exploiter. Ces artistes se retrouvent alors tiraillées entre plusieurs casquettes: à la fois, autrices, circassiennes, comédiennes, danseuses, cascadeuses, enseignantes, directrices artistiques… Et la liste est loin d’être exhaustive!
Certains de ces talents peuvent ne pas être à proprement parler des talents artistiques quand d’autres le sont.
Mais que tous ces talents soient considérés comme artistiques ou pas, le souci reste le même: si je suis compositrice et en même temps comédienne et danseuse, je peux éprouver la même illégitimité dans une ou plusieurs de mes activités que si je suis enseignante et en même temps parolière et écrivaine. Et ce alors même que je dégage un revenu de chacune de ces activités.
L’on voit bien que ce qui nous donne la légitimité ce n’est ni le revenu qu’on en perçoit, ni le temps qu’on y consacre, ni même l’aspect administratif (il n’y a qu’à voir le morcellement administratif qui existe au sein de l’activité d’artiste-auteur), mais bien ce qu’on nourrit comme pensées concernant nos différentes activités.
Or, la plupart du temps, le fait de ne pas se consacrer à plein temps à une seule activité, ou le fait de ne pas percevoir l’intégralité de nos revenus par le biais de cette seule activité, fait que nous nous empêchons de nous considérer comme professionnelles dans cette activité.
Une personne qui écrit et publie un livre est un.e écrivain.e.
Une personne qui interprète un rôle sur scène dans un théâtre est un.e comédien.ne ou un.e chanteur.euse
Une personne qui enseigne la danse dans un conservatoire est un.e enseignant.e
Quid d’une personne qui fait les trois? Devrait-elle mettre sous silence une ou plusieurs de ses activités au profit d’une autre? Sur quels critères?
Parlons du critère financier:
Est-ce qu’on devrait considérer que la casquette à retenir est celle d’où proviennent nos rétributions les plus importantes? Mais alors que faire si une année nos droits d’auteur dépassent notre intermittence ou notre salaire de professeur au conservatoire? Les revenus artistiques peuvent être fluctuants, et il m’est arrivé une ou deux années de gagner plus en tant que scénariste qu’en tant que chanteuse ou professeur de chant, devais-je alors considérer que je n’étais plus ni l’une ni l’autre que de façon accessoire?
Parlons du critère du temps:
Si vous pensez que c’est l’activité dans laquelle vous passez le plus de temps qui doit déterminer votre casquette, alors que penser d’un écrivain également professeur de français au collège, qui écrirait à ses heures libres, chaque soir, pendant le week-end, les vacances… Se nommerait Daniel Pennac et aurait écrit la saga des Malaussène pendant dix années avant de quitter l’enseignement?
Parlons du critère de la reconnaissance:
Si nous basons le fait de nous considérer nous-mêmes comme artistes sur le critère de la reconnaissance par autrui, alors que penser de tous ces grands artistes qui n'ont hélas pas connu cette reconnaissance de leur vivant? Auraient-ils dû sacrifier leur art sur l’autel de cette reconnaissance?
Car c’est hélas exactement ce qui se passe: si nous nous refusons à nous-même la possibilité de nous penser artiste (chanteuse, écrivaine, danseuse etc) sous prétexte que cette activité ne nous octroie pas l’intégralité ou la majorité de notre revenu, ne nous procure pas la reconnaissance, ou que nous n’y consacrons pas la majorité de notre temps; et considérant que nos pensées créent nos résultats, il va de soi que nous aurons bien du mal à développer ces activités qui nous tiennent pourtant à coeur…
C’est ce que nous pouvons constater dans l’extrait de l’email cité plus haut: cette personne, n’assumant pas de se considérer comme une chanteuse lyrique, se prive de l’opportunité de démarcher pour vendre les spectacles qu’elle a créés, et donc de la possibilité de développer son activité de chanteuse lyrique.
Je suis passée par là moi-aussi. Et j’ai trouvé une façon de penser ma carrière de multi-passionnée dans son intégralité.
En effet, il y a une période de ma vie où je me sentais également tiraillée entre mes multiples activités professionnelles. J’enseignais le chant lyrique, je chantais déjà sur scène, j’avais écrit et publié des livres à compte d’éditeur, je commençais à écrire des scénarios… Et, bien que me sentant parfaitement alignée dans toutes ces activités, je ne me sentais vraiment à ma place nulle part aux yeux du monde.
Puis j’ai comparé ma situation professionnelle avec celle de mon conjoint, médecin. Et cela m’a permis de changer radicalement ma manière de concevoir mes multiples activités professionnelles.
En tant que médecin, mon conjoint s’occupe de ses patients qui viennent le voir en consultation à l’hôpital et de ceux qui sont hospitalisés. C’est le minimum me direz-vous, mais là où ça devient intéressant pour nous, c’est que ce n’est pas tout...
En effet, il a également une part de son activité professionnelle relative à l’enseignement: il enseigne aux étudiants à la faculté de médecine liée à l’hôpital où il travaille, mais également dans d’autres lieux, à des infirmières par exemple.
En plus de cela, il est conseiller pour de multiples organismes comme la Haute Autorité de Santé ou l’Organisation Mondiale de Santé.
Et puis il fait de la recherche, avec sa casquette de scientifique. Cette activité de recherche fait qu’il écrit également des articles pour des revues scientifiques.
Il est rémunéré à la fois par l’université et par l’hôpital, et parfois par les différents organismes auprès desquels il intervient. Il y a des semaines où il passe beaucoup de temps à enseigner, d’autres à faire des recherches, d’autres à soigner ses patients.
Est-il plus scientifique que médecin? Plus enseignant que scientifique? Plus consultant qu’enseignant? Il m’a dit très sincèrement qu’il ne s’était jamais posé la question.
Pourquoi alors, dès lors que nous sommes artistes multi-casquettes, nous posons-nous cette question de légitimité dans une ou plusieurs de nos professions?
Ce d’autant plus qu’énormément de grands artistes ont, de tous temps, été dans le même cas; Léonard de Vinci, pour citer le plus évident, était peintre bien sûr, mais aussi architecte, scientifique, ingénieur, musicien, philosophe, écrivain et j’en passe!
Tout d’abord, notre difficulté à nous considérer en tant qu’artiste, multi-passionné ou pas, vient du fait que nous associons souvent ces métiers au génie: on s’imagine qu’il faut avoir une forme de génie pour être un véritable artiste. Ou bien être ultra-spécialisé.es dans notre discipline artistique.
C’est notre quête de la perfection qui parle: rendre une copie moyenne dans l’art, c’est juste inconcevable. Sauf que ce jugement de valeur, c’est nous qui le rendons avant même d’avoir pu présenter au monde les fruits de notre travail.
Et puisque seul.es les génies ou les ultra-spécialistes méritent à notre sens l’étiquette d’artiste (quel que soit l’art en question), les multi-passionné.es ont d’autant plus de mal à s’octroyer cette étiquette qui ne colle pas avec leur choix de développer tous leurs talents. Comme si l’on ne pouvait pas exceller dans plusieurs domaines…
On pense en effet que si nous scindons notre temps de pratique entre plusieurs activités artistiques (ou autres), nous ne pourrons vraiment exceller dans aucun domaine, comparé à quelqu’un qui passerait tout son temps à ne faire qu’une seule activité.
Mais c’est supposer que les apprentissages que nous réalisons dans un domaine n’ont aucune incidence sur les apprentissages réalisés dans un autre… Or il n’est pas rare par exemple que l’apprentissage des langues soit facilité pour les musiciens et les chanteurs, et c’est bien sûr le cas dans de nombreux domaines.
Il existe d’ailleurs un mot pour cela: la polymathie, qui est la connaissance approfondie d’un grand nombre de sujets différents, en particulier dans le domaine des arts et des sciences.
La prochaine fois que vous vous jugez négativement pour avoir “papillonné” d’une activité à l’autre, dites-vous plutôt que vous êtes polymathe à la manière de Leonardo Da Vinci!
Enfin, la notion de plaisir que nous ressentons à exercer ces métiers qui nous passionnent n’est probablement pas étrangère non plus à ce manque de légitimité.
Parce qu’un métier, pour être considéré comme tel, doit être, dans l’imaginaire collectif, associé à une certaine pénibilité, un effort. Et que pratiquer son instrument ou son art n’est pas considéré comme un effort puisqu’on le fait avec passion! D’où la difficulté qu’ont certaines de mes clientes et bien d’autres artistes à se faire payer correctement dans leurs métiers.
Il vous faudra donc, pour assumer d’être multi-actif.ve.s dans vos différentes activités, intégrer d’abord que nous ne sommes payé.e.s ni pour notre temps ni pour la pénibilité de notre travail, mais bien pour la valeur que nous apportons au monde.
Alors, peu importe d’où proviendra votre rétribution: cachet, salaire, intermittence, droits d’auteur etc, et peu importe le nombre d’heures que vous y accorderez dans votre planning hebdomadaire, vous assumerez enfin pleinement toutes vos activités.
Déconstruire ces croyances que nous sommes rémunéré.e.s au temps passé ou à l’effort fourni, cela demande un travail sur le mental. Ce travail en profondeur est la clé pour vous permettre de repenser votre carrière de multi-passionnée sous un autre angle, et pour l’appréhender enfin avec sérénité et enthousiasme.
N’hésitez pas à me consulter si vous voulez pousser plus loin ce travail!
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